Il fait froid, 6° au lever du soleil, sur la plage d'Ondaretta à San Sébastien.Les rameurs forment un cercle et se tiennent par la main. Un homme chante EGOAK (le Sud) en Basque. Nous, dans quelques minutes, nous nous élancerons vers le nord.
Les derniers moments avant que nous ne nous mettions à l'eau sont intenses.
Mes amis me glissent un petit mot d'encouragement; ils savent que je veux faire une grosse perf : battre le record absolu de l'épreuve, établi par Jamie Mitchell en 2006.
Il est temps de s'approcher de la ligne de départ. L'adrénaline circule dans nos veines, tout le monde est concentré, le regard au loin, ailleurs.
C'est parti!
Le plan d'eau est assez agité avec un vent de force 3 Beaufort Est/Sud-Est.
H+1 : Un cargo menace de couper ma trajectoire. Hors de question de dévier de la route que me donne Roger depuis le bateau. Il finit par me voir et effectue une "virgule" pour m'éviter. Je passe à dix mètres derrière sa poupe ! C'était cela ou un demi-mille de plus vers l'Ouest.
Au large du Cap Figuier, le vent de Sud-Est faiblit, le plan d'eau est plus lisse. Il le restera jusqu'à l'arrivée, même si le vent tourne progressivement jusqu'à souffler Nord/Nord-Est.
A une heure de l'arrivée, je sais que je vais passer sous la barre des 6h57 établie par Jamie en 2006 dans des conditions similaires et sur une planche presque identique.
Je passe la ligne en 6h41. Le défi est relevé... Je suis content, profondément satisfait, apaisé.
Mes amis sont là et je pense à tous ceux qui ont cru en moi depuis le début.
Traverser "au fond de son coude" le Golf de Gascogne, ramer plusieurs "zones", plusieurs période de vents et de courants, différents plans d'eau. Partir le matin du Pays Basque espagnol, longer ses montagnes, ses falaises, sa végétation au vert si intense pour finalement apercevoir le jaune des dunes landaises et le port de Capbreton.
63 kilomètres à ramer avant d'arriver dans le canal où des centaines de personnes vous crient leurs encouragements. Cette course est unique. C'est la plus dure, la plus longue et la plus belle du monde!
Je me poste sur la jetée pour, à mon tour, encourager mes copains qui arrivent les uns après les autres.
D'abord Luc Short, qui pour sa première participation est fidèle à sa réputation. Ce waterman complet a relevé le défi en 7 heures 30!
Je vois Walter Geyer s'arrêter au milieu du canal et savourer sa performance, entouré de ce public si enthousiaste. Ce gars là ne s'entraîne plus pour les efforts de longue durée et n'a testé sa planche qu'une heure sur les quatre derniers mois. Bravo Walter!
L'Equipe du Rock Food est arrivé entre temps. Composée des deux Juliens (Lalanne et Lopez) et d'Anthony Mazzer, ils remportent l'épreuve par équipe en établissant un nouveau record. Ces gars là savent de quoi ils parlent. ils sont tous les trois membres de l'équipe de France de sauvetage côtier.
Arrive ensuite Méderic Berthe qui, pour une première édition signe une sacré performance. Derrière lui, Damien Latcher puis Bixente Millet qui, malgré une double tendinite aux épaules contractée pendant la course, fait un super temps!
Alban Cornic entre à son tour dans le chenal. Nous crions son nom en courant le long de l'estacade. Il ne dit rien, ne nous voit pas, concentré jusqu'au bout.
Après plus de 9 heures d'effort, Ronan l'Henry arrive. pour lui aussi c'est la première édition. C'est un habitué, comme la plupart d'entre nous, des compétitions de sauvetage.
Le plus applaudi a sans doute été Kamal Allée qui rallie l'arrivée après plus de douze heures d'effort. L'année dernière il avait été contraint à l'abandon...
Je suis touché par le discours des gascons : nous sommes tous des coureurs d'écumes. Des sauveteurs aussi. Nous nous respectons tous. C'est cela aussi l'esprit de notre sport.
Bravo à tous les participants.
"Tous ceux qui ont passé la ligne d'arrivée ont gagné" a dit Walter Geyer. Il a raison.
Ludo
PS : Merci à Roger et Jean-Marie qui m'ont soutenus tout au long de cette course et au delà, tout au long de l'année par leur présence amicale. Merci aussi à Marco pour avoir filmé cette aventure. Il est venu de Toulon pour le week-end et a monté ce film en deux jours. Son soutient me touche profondément.




