Au cours du mois d'octobre, je rencontre mon ami Yann "chip's" Pirron, un Cibourrien, qui me raconte sa dernière ascension du Mont Aconcagua (6 950 m), le sommet le plus haut du continent Américain.
Il repart dans les jours qui suivent au Népal où il me propose de le retrouver dans un mois.
Poussé par une forte envie de vivre une expérience unique, j'accepte et, un mois plus tard, me retrouve à Katmandou.
Dans cette ville flotte une "énergie" due sans doute au poids de cultures mélangées et vivant en harmonie depuis des siècles. Les Bouddhistes vivent en bonne intelligence avec les Hindouistes dont les temples et les rites sont assez similaires.
Le pays est peuplé de nombreuses ethnies : au nord, les ethnies tibéto-birmane comme les Tamang, les Warung, les Rai et les plus connus, les Sherpas. Dans le centre et le sud, sont installés les Newar, les Chritis, et les Brahmanes.
Les temples, dont certains sont vieux de dix à quinze siècles, témoignent d'une culture et d'une spiritualité très riche. Le Népal est un pays où l'on ressent le côté spirituel des choses jusque dans les gestes de la vie quotidienne.
Nous quittons Katmandou très tôt le matin et, après toute une journée de bus à se faire ballotter sur des routes défoncées, nous arrivons au bout de la route, à Singati Bazare porte d'entrée de Rowaling Vallée.
Il nous faut monter à travers cette vallée jusqu'au village de de Beding (3 700 m), où habite Gyalje Sherpa, notre guide d'expédition. Nous continuerons ensuite jusqu'à la Tesi Lepsa Pass (5 750 m) pour basculer dans la zone de Khumbu, vallée connue de tous les alpinistes et treckers du monde car elle abrite, entre autre, le Mont Everest (8 850m).
Cette marche durera deux semaines avec nos porteurs de basse altitude d'abord, relayés à partir de 4 300 mètres par les Sherpas qui connaissent parfaitement bien la Passe qui nous attend.
Ce qui importe, dans une telle expédition, c'est de bien s'acclimater à l'altitude. La nuit nous nous réveillons régulièrement : le manque d'oxygène ne se ressent pas uniquement dans l'effort. A mesure que nous nous élevons, il est de plus en plus difficile de respirer, nous souffrons de violents maux de tête, de vomissements, de nausées et nous saignons fréquemment du nez.
Les changements de températures durant la journée sont radicaux et il faut faire attention à ne pas prendre froid, absorbés que nous sommes par l'effort de la montée.
C'est au village de Na que nos porteurs Tamang nous quittent. C'était fou de les voir marcher en slaps et short tout en portant de si lourdes charges ! Les porteurs Sherpa prennent alors le relais, eux qui ont l'expérience des longues courses en haute altitude.
Le Passage de la Tesi Lepsa Pass restera comme un moment inoubliable. Nous sommes graves, la journée a été dure physiquement et moralement : A 5 300 mètres, nous passons à côté d'un corps enroulé de tissu reposant sur les rochers du glacier. Notre guide nous explique que c'est celui d'un porteur Tamang. Personne ne connaît la cause de sa mort... Il repose là, conservé par le froid et nous regarde passer.
Cette région est un immense cimetière à ciel ouvert : au delà de 6 500 mètres, l'hélicoptère ne peut intervenir et du porteur anonyme à l'alpiniste occidentale parti en quête d'aventure, beaucoup reposent dans ce cadre grandiose. A cet instant je pense à tous ces aventuriers modernes.
Tout de suite après la Passe, nous dressons le campement dans une niche de la Montagne à 5 600 mètres environ. Yann et Gyalje, notre guide, partent à 2 heures du matin à l'assaut du Mont Pacharmo (6 300 m). Pas encore suffisamment acclimaté, je passe une nuit très difficile et redescend tôt le matin. Je les vois gravir peu à peu la face enneigé jusqu'au sommet qui fait le lien entre les deux vallées.
Enfin, nous arrivons dans la vallée de Kumbhu. Fini la tente, nous dormons maintenant dans des lodges. Les chambres ressemblent à des caisses en bois avec 2 lits, la température la nuit est négative mais pour nous c'est le luxe !
Il faut marcher plusieurs jours, à l'ombre des Monts Amadablam (6 880 m) et Lothse (8 560 m, un des trois plus haut sommet du monde) pour rejoindre Chunkun, puis le camp de base du Mont Island Peak où nous passerons notre dernière nuit avant d'en attaquer l'ascension.
A deux heures du matin, à la lumière de nos frontales, nous entamons la montée vers le glacier. Nous sommes lourdement chargés : en plus de l'eau, nous portons notre matériel d'alpinisme qui nous servira arrivé au glacier.
Nous arrivons à l'aube. Le jour se lève d'un coup, le ciel est d'un rose intense puis passe par toutes les nuances de bleu. Nous sommes entourés de sommets, tous de plus de 5 000 mètres et plus bas, s'étalent les lacs d'Altitude.
Nous nous changeons et nous encordons. Il nous reste à franchir le glacier avant de pouvoir attaquer le sommet. Le danger est partout : pour passer sur le glacier il nous faut enjamber un tombant de plus de 2 000 mètres, les rochers sont verglacés et la glace fissurée. Nous vérifions nos crampons, nos cordes et commençons l'ascension. Etant le moins expérimenté, je marche au milieu, très essoufflé.
Il nous faut franchir un mur vertical de 150 mètres. Nous attaquons la glace équipés chacun de deux piolets, traînant la corde qui nous relie aux pitons que nous plantons au fur et à mesure de la montée. Nous arrivons sur l'arrête du sommet. Encore 400 mètres d'ascension. Ca y'est, après plus de 15 heures d'efforts nous y sommes. 6 189 mètres ! Il y a très peu de place et malgré toutes les émotions qui nous assaillent nous devons rester vigilant. la moindre erreur et c'est la chute fatale.
Le spectacle est grandiose : a perte de vue des montagnes, des glaciers, le ciel bleu. Le silence est d'une densité incroyable. Nous ne souffrons plus de problème respiratoires.
J'ai le sentiment d'avoir accompli quelque chose d'essentiel, bien au-delà de la "simple" ascension d'une montagne.
Déjà, il nous faut redescendre.
La suite de notre voyage n'est qu'une longue marche remplie de rencontres et de découvertes vers Ukla (2 800 mètres) où nous prenons l'avion pour Katmandou. Nous y passerons quelques jours à nous imprégner de la culture et des traditions Népalaises. Visitez la galerie photo ici.
















